Allocution liminaire du Directeur général de l'OMS lors de la 158e session du Conseil exécutif – 2 février 2026

2 février 2026

Monsieur le Président, Secrétaire Blair Comley, Mesdames et Messieurs les Vice-Présidentes et Vice-Présidents, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Ambassadrices et Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs les Cheffes et Chefs de délégation, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil exécutif, chères collègues et amies, chers collègues et amis, bonjour et bienvenue une nouvelle fois à l’OMS, votre OMS.

Comme nous le savons toutes et tous, 2025 a été une année très contrastée pour notre Organisation. D’une part, ce fut une année qui fera date : l’Accord de l’OMS sur les pandémies a été adopté, les amendements au Règlement sanitaire international (2005) sont entrés en vigueur, une augmentation des contributions fixées a été approuvée et l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une déclaration politique ambitieuse sur les maladies non transmissibles et la santé mentale. D’autre part, ce fut indéniablement l’une des années les plus difficiles de notre histoire. Les importantes coupes budgétaires que nous avons subies ne nous ont pas laissé d’autre choix que de réduire nos effectifs.

Bien sûr, l’OMS ne représente qu’une partie d’un ensemble beaucoup plus vaste, car de nombreuses autres organisations internationales ont été touchées. Un recul soudain et drastique de l’aide bilatérale a gravement perturbé les systèmes et les services de santé dans de nombreux pays.

Malgré les défis auxquels nous avons été confrontés en 2025, je suis fier de constater que de nombreuses réalisations méritent d’être célébrées. Permettez-moi d’en souligner quelques-unes, en fonction de chacune des trois grandes priorités du quatorzième programme général de travail, 2025‑2028 : promouvoir, garantir et protéger la santé.

Tout d’abord, examinons le travail que notre Organisation a accompli pour promouvoir la santé et de prévenir les maladies, en nous attaquant à leurs causes profondes. En réponse aux coupes budgétaires, le Secrétariat apporte un soutien à de nombreux pays afin qu’ils puissent maintenir les services de santé essentiels et passer de la dépendance à l’égard de l’aide à l’autonomie, fondée sur les ressources nationales.

Un outil essentiel pour accroître les ressources nationales est la taxation des produits nocifs pour la santé. C’est pourquoi l’OMS a lancé l’an dernier l’initiative « 3 d’ici à 2035 », appelant tous les pays à augmenter les prix réels du tabac, de l’alcool et des boissons sucrées d’au moins 50 % d’ici 2035. Rien qu’en 2025, la Malaisie, Maurice, la Slovaquie, Sri Lanka et le Viet Nam figuraient parmi les pays qui ont introduit ou augmenté les taxes sur un ou plusieurs de ces produits. Cette année, l’Inde a déjà instauré un nouveau droit d’accise sur le tabac et l’Arabie saoudite a instauré un droit d’accise progressif sur les boissons sucrées.

En ce qui concerne le tabagisme, la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac a célébré son 20e anniversaire l’année dernière. Depuis l’entrée en vigueur de cette convention, la consommation de tabac a diminué d’un tiers à l’échelle mondiale, et continue de baisser dans 140 pays. L’an dernier, les Maldives ont été le premier pays à adopter une interdiction générationnelle du tabac pour les personnes nées à partir du 1er janvier 2007.

L’Organisation a salué les efforts de l’Autriche, de la Norvège, d’Oman et de Singapour pour éliminer les acides gras trans de l’approvisionnement alimentaire ; la Commission de l’OMS sur le lien social a élaboré le premier cadre mondial fondé sur des données probantes pour lutter contre la solitude et l’isolement social ; et l’Alliance de l’OMS pour une action transformatrice sur le climat et la santé s’est élargie à plus de 100 pays, les aidant à mettre en place des systèmes de santé résilients face aux changements climatiques et à faibles émissions de carbone.

Les États Membres ont également approuvé une feuille de route actualisée pour une action mondiale renforcée face aux effets néfastes de la pollution de l’air sur la santé, dans laquelle ils s’engagent notamment à réduire de 50 % les effets de la pollution de l’air sur la santé d’ici à 2040.

En outre, de nouvelles données du Programme commun OMS/UNICEF de suivi de l’approvisionnement en eau, de l’assainissement et de l’hygiène ont montré qu’un milliard de personnes de plus qu’il y a dix ans ont désormais accès à de l’eau potable gérée en toute sécurité, ce qui a permis de sauver environ 5 millions de vies.

Venons-en maintenant à notre travail pour aider les pays à garantir la santé, en renforçant les systèmes de santé sur la voie de la couverture sanitaire universelle. À la suite des coupes dans l’aide bilatérale, l’OMS a élaboré des orientations pour répondre à l’urgence du financement de la santé, en apportant un soutien à des pays comme le Cambodge, l’Éthiopie, le Mozambique et l’Ouganda.

En décembre, nous avons créé le Pôle de connaissances sur la couverture sanitaire universelle à Tokyo, en collaboration avec la Banque mondiale et le gouvernement japonais. Ce pôle soutient actuellement une première cohorte de huit pays en renforçant les capacités, en partageant les connaissances et en réunissant les ministères de la santé et des finances.

Le Rapport mondial de suivi de la couverture sanitaire universelle de 2025 montre que 4,6 milliards de personnes n’ont toujours pas accès aux services de santé essentiels, tandis que 2,1 milliards de personnes sont confrontées à des difficultés financières en raison de leurs frais de santé. L’une des principales raisons pour lesquelles les gens ne bénéficient pas des services de santé est qu’ils n’ont pas accès aux professionnels et professionnelles de santé. D’ici 2030, le monde fera face à une pénurie de 11 millions d’agentes et d’agents de santé à l’échelle mondiale, dont plus de la moitié concerne le personnel infirmier. Pour s’attaquer à ce problème, l’OMS a aidé l’année dernière 11 pays confrontés aux pénuries les plus graves à renforcer leurs stratégies nationales en matière de main-d’œuvre, contribuant ainsi à l’engagement de créer près de 100 000 nouveaux postes d’agentes et agents de santé. Avec le soutien de l’OMS, l’Afrique du Sud a augmenté le nombre des professionnelles et professionnels de santé de 28 % au cours des cinq dernières années.

Le renforcement des capacités des personnels de santé dans le monde a également été l’une des principales raisons pour lesquelles, avec le soutien du gouvernement français, nous avons créé l’Académie de l’OMS à Lyon, qui rassemble désormais en un même lieu nos travaux sur la politique, la stratégie, les données et le plaidoyer en matière de personnels de santé, ainsi que l’apprentissage. L’Académie, qui propose aujourd’hui plus de 250 cours gratuits, disponibles dans une vingtaine de langues, a enregistré plus de 100 000 inscriptions l’année dernière. J’invite vivement tous les États Membres à faire usage de cette ressource ; elle est là pour vous. L’un des cours proposés par l’Académie est le programme de soins d’urgence de base, qui offre une formation standardisée sur la prise en charge des personnes gravement malades. Une étude portant sur plus de 35 000 patientes et patients dans 17 hôpitaux au Népal, en Ouganda et en Zambie a montré une réduction de la mortalité comprise entre 34 % et 50 % après la mise en œuvre de la formation aux soins d’urgence de base de l’Académie de l’OMS.

Le Secrétariat continue également de soutenir les pays pour qu’ils renforcent leurs systèmes de données sanitaires, notamment par l’utilisation des technologies numériques et de l’intelligence artificielle. Le Réseau mondial de certification sanitaire numérique a été élargi à 82 pays, permettant ainsi à 2 milliards de personnes d’accéder à leurs dossiers médicaux via des applications numériques nationales de santé.

En outre, la onzième révision de la Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes (CIM-11) est désormais déployée dans 132 États Membres. Chaque jour, nos systèmes de CIM reçoivent environ 3 millions de demandes d’informations, ce qui améliore la qualité des données et permet d’obtenir des indications sur les tendances de la santé des populations.

Nous continuons également à aider les pays à élargir l’accès aux médicaments essentiels. L’année dernière, nous avons préqualifié 44 médicaments, 9 vaccins, 10 produits de diagnostic in vitro, 21 dispositifs médicaux, 8 produits de lutte antivectorielle, et réalisé 185 inspections de sites de fabrication.

Nous avons examiné 5000 formulations pédiatriques afin de donner la priorité à celles qui sont optimisées pour les enfants et adaptées à leur âge.

En outre, nous avons désigné cinq agences supplémentaires, de l’Australie, du Canada, de l’Indonésie, du Japon et du Royaume-Uni, comme autorités reconnues par l’OMS. Cela permettra d’accélérer les processus réglementaires et de disposer des médicaments à temps.

Nous avons pu certifier que l’Éthiopie avait atteint le niveau de maturité 3 pour la surveillance réglementaire des médicaments et des vaccins, et sept États Membres de la Région africaine ont remporté un prix mondial des Nations Unies pour leur initiative d’achats groupés, soutenue par l’OMS, qui leur a permis de réaliser d’importantes économies.

De plus, la Soixante-Dix-Huitième Assemblée mondiale de la Santé a adopté la Stratégie mondiale pour la médecine traditionnelle 2025-2034 et lancé la Bibliothèque mondiale de la médecine traditionnelle, qui contient plus de 1,6 million de documents scientifiques.

En ce qui concerne la résistance aux antimicrobiens, le Système mondial de surveillance de la résistance aux antimicrobiens et de leur usage (GLASS) a montré qu’une infection bactérienne sur six dans le monde est désormais résistante aux antibiotiques, et que la tendance est à la hausse. Fait inquiétant, les observations du GLASS indiquent également que dans de nombreux pays, une accélération de la résistance pourrait être imputable à l’usage d’antibiotiques classés dans la catégorie « À surveiller », alors que des antibiotiques classés dans la catégorie « Accès » pourraient être utilisés.

Au Kirghizistan, l’OMS a soutenu une enquête nationale qui a catalysé un changement total dans le plan national de lutte contre la résistance aux antimicrobiens. Par l’intermédiaire du Programme spécial de recherche et de formation concernant les maladies tropicales (TDR), l’OMS a soutenu la recherche sur la résistance aux antimicrobiens qui a permis d’orienter les stratégies nationales et régionales en Colombie, en Équateur et au Ghana.

Outre nos travaux visant à renforcer les fondements des systèmes de santé, nous avons également enregistré des progrès dans le cadre des programmes de l’OMS spécifiques à certaines maladies. En ce qui concerne la mortalité maternelle, l’OMS a publié des estimations actualisées qui ont été utilisées par plus de 55 pays fortement touchés pour se recentrer sur des interventions qui ont fait leurs preuves.

Avec nos partenaires, nous avons publié les premières orientations consolidées sur l’hémorragie du post-partum, créant ainsi une norme clinique mondiale unique pour la principale cause de décès maternel, qui sauve des vies lorsqu’elle est appliquée avec constance. Nous avons également publié les premières orientations mondiales de l’OMS sur l’infertilité, et publié des estimations mondiales actualisées sur la violence à l’égard des femmes.

Concernant la vaccination, malgré les coupes budgétaires, nous sommes parvenus à protéger le Réseau OMS de laboratoires sur la rougeole et la rubéole (Global Measles and Rubella Lab Network), permettant ainsi à notre réseau de plus de 740 laboratoires d’analyser plus de 700 000 tests afin de détecter les flambées de rougeole dans le monde et d’y faire face.

Nous avons fourni un soutien à sept nouveaux pays pour l’introduction de vaccins antipaludiques, portant le total à 24 ; et nous avons aidé 15 autres pays à introduire la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) afin de prévenir le cancer du col de l’utérus. Depuis l’appel à l’action lancé en 2018 dans le but d’éliminer le cancer du col de l’utérus, près de 75 pays ont introduit la vaccination contre le HPV, ce qui signifie que 65 % des filles dans le monde vivent désormais dans un pays où la vaccination contre le HPV est systématique.

En réponse aux préoccupations concernant l’innocuité des vaccins, l’OMS a effectué une analyse de 31 études menées dans plusieurs pays sur une période de 15 ans. Les résultats ont montré une fois de plus que les vaccins, y compris ceux contenant du thiomersal ou des adjuvants à base d’aluminium, ne provoquent pas l’autisme.

Les vaccins nous rapprochent également de l’éradication de la poliomyélite, avec 41 cas de poliomyélite sauvage signalés l’an dernier dans seulement 24 districts du Pakistan et de l’Afghanistan, contre 99 cas dans 49 districts en 2024. Par ailleurs, Madagascar a mis fin à la flambée de poliomyélite, et les pays situés autour du lac Tchad ont lancé une campagne conjointe de vaccination qui a touché plus de 83 millions d’enfants. En collaboration avec ses partenaires, l’OMS a vacciné plus de 600 000 enfants dans la bande de Gaza, jugulant ainsi la première flambée de poliomyélite enregistrée dans la bande de Gaza en 25 ans.

En 2025, de plus en plus de pays ont éliminé des maladies tropicales négligées : le Burundi, l’Égypte, les Fidji, la Mauritanie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et le Sénégal ont éliminé le trachome ; la Guinée et le Kenya ont éliminé la maladie du sommeil, et le Niger est devenu le premier pays africain à éliminer l’onchocercose. En outre, l’OMS a certifié la Géorgie, le Suriname et le Timor-Leste comme exempts de paludisme ; les Maldives sont devenues le premier pays à parvenir à la « triple élimination » de la transmission mère-enfant du VIH, de la syphilis et de l’hépatite B ; le Brésil a reçu la validation de l’élimination de la transmission mère-enfant du VIH ; et le Botswana a atteint le niveau « or » sur la voie de l’élimination de la transmission mère-enfant du VIH.

L’OMS a également préqualifié le lénacapavir pour la prévention du VIH et a publié des lignes directrices sur son utilisation, apportant un soutien aux huit premiers pays à accélérer le déploiement de ce nouvel outil qui pourrait infléchir la trajectoire de l’épidémie de VIH. Le lénacapavir est ce qui se rapproche le plus d’un vaccin contre le VIH dans la mesure où il s’agit de traitements antirétroviraux injectables à longue durée d’action administrés tous les six mois, dont il a été démontré qu’ils préviennent la quasi-totalité des infections à VIH chez les personnes à risque. Il s’agit du premier exemple d’une nouvelle approche qui consiste à démarrer les processus de préqualification et d’élaboration des lignes directrices en parallèle, et non successivement, afin d’accélérer l’accès équitable à de nouveaux outils innovants.

Concernant la tuberculose, l’OMS a aidé les pays à déployer les produits de diagnostic rapide de la tuberculose à plus grande échelle et a encouragé le recours à des schémas thérapeutiques plus courts et plus efficaces. De plus, le Conseil pour accélérer la disponibilité de vaccins antituberculeux œuvre en collaboration avec les pays pour préparer l’intégration rapide de nouveaux vaccins contre la tuberculose dans les systèmes de santé s’ils réussissent les essais de phase trois.

Eu égard aux maladies non transmissibles, comme je l’ai mentionné plus tôt, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la déclaration politique la plus ambitieuse à ce jour, avec des cibles concrètes relatives au tabac, à l’hypertension et à la santé mentale. L’OMS a également publié de nouvelles lignes directrices concernant l’utilisation des traitements GLP-1 pour le traitement de l’obésité chez l’adulte, et plus d’un million de personnes dans plus de 100 pays bénéficient désormais de nos initiatives sur le cancer du col de l’utérus, du sein et de l’enfant.

En partenariat avec le St. Jude Children’s Research Hospital, nous avons livré 1,5 million de médicaments contre le cancer, ce qui a permis de soutenir le traitement de 2400 enfants dans cinq pays. Nous avons également aidé 14 autres pays dans le cadre du renforcement des services de santé mentale pour les enfants et les jeunes.

Depuis son lancement en 2020, l’Initiative spéciale de l’OMS pour la santé mentale a étendu les services de santé mentale à plus de 90 millions de personnes et a favorisé la mise en place d’un traitement initial à plus de 1,5 million d’enfants et d’adultes.

Nous avons aidé 29 pays à élargir l’accès aux lunettes. Comme beaucoup d’entre nous le savent, moi y compris, une paire de lunettes peut faire une énorme différence sur la qualité de vie.

Je vais maintenant évoquer les activités menées par l’OMS en soutien aux États Membres en vue de prévenir les urgences sanitaires, de s’y préparer et y riposter. Ce vendredi dernier a marqué six ans depuis que j’ai déclaré que la COVID-19 constituait une urgence de santé publique de portée internationale – et nous avons clos ce chapitre en mai 2023. Nous avons toutes et tous tiré beaucoup d’enseignements de la pandémie, en particulier le fait que les menaces mondiales exigent une riposte mondiale. En effet, la solidarité offre la meilleure protection. Plus particulièrement, l’année dernière, les États Membres ont adopté l’Accord de l’OMS sur les pandémies et les amendements au Règlement sanitaire international (2005) sont entrés en vigueur.

L’OMS a aussi pris de nombreuses autres mesures en 2025 pour renforcer la préparation et la riposte face aux urgences sanitaires. Grâce au Fonds de lutte contre les pandémies, l’OMS, en collaboration avec la Banque mondiale, a appuyé 70 pays dans l’élaboration et la mise en œuvre de 41 projets, leur permettant ainsi de renforcer la surveillance, les réseaux de laboratoires, la capacité des personnels ainsi que la coordination multisectorielle.

Le Centre d’information de l’OMS sur les pandémies et les épidémies a effectué une mise à jour du système de veille épidémiologique à partir de sources ouvertes qui mettent à profit la puissance de l’intelligence artificielle pour appuyer plus de 110 pays et 30 organisations, qui utilisent la plateforme chaque jour dans le but d’identifier rapidement de nouvelles menaces. Par l’intermédiaire du Réseau international de surveillance des agents pathogènes, plus de 110 pays renforcent également la surveillance génomique afin de mieux suivre les agents pathogènes, de détecter de nouveaux variants et d’orienter des ripostes plus rapides face aux menaces émergentes.

Le BioHub de l’OMS a coordonné 25 expéditions d’échantillons vers 13 laboratoires dans neuf pays, afin de guider les travaux de recherche-développement liés aux contre-mesures.

Vingt États Membres ont mené à bien des évaluations extérieures conjointes, 195 États Parties au Règlement sanitaire international (2005) ont soumis leurs rapports d’autoévaluation, et 22 pays ont achevé leur Plan d’action national pour la sécurité sanitaire.

Le Système mondial OMS de surveillance de la grippe et de riposte (GISRS) a traité plus de 12 millions d’échantillons. Par le biais du Cadre de préparation en cas de grippe pandémique (Cadre PIP), l’OMS a signé huit nouveaux accords, nous donnant accès à plus de 900 millions de doses de vaccins en cas de pandémie de grippe, ainsi qu’à des antiviraux, des seringues et des produits de diagnostic.

Afin de nous protéger contre les flambées de fièvre jaune, nous avons fourni un soutien pour la vaccination de plus de 38 millions de personnes en Guinée-Bissau, au Niger, en Ouganda et en République démocratique du Congo.

Après une pause de trois ans, nous avons également rétabli la vaccination préventive contre le choléra, en envoyant 50 millions de doses au Bangladesh, au Mozambique et en République démocratique du Congo, en partie grâce à un doublement de l’approvisionnement. Nous avons appuyé les efforts de vaccination préventive contre la maladie à virus Ebola pour environ 100 000 intervenantes et intervenants de première ligne en République centrafricaine et en République démocratique du Congo. Nous avons également établi un nouveau stock d’anticorps monoclonal contre Ebola, avec des traitements prêts à être expédiés en 24 heures si une flambée est confirmée.

De la même manière que nous avons soutenu les pays en matière de prévention et de préparation aux urgences sanitaires, nous les avons également aidés à riposter à ces urgences. En 2025, l’OMS a détecté 1,2 million de signaux, a procédé à l’évaluation et à la vérification d’environ 500 menaces, et a aidé les pays à faire face à 450 de ces événements, permettant ainsi de prévenir la propagation des maladies et de sauver des vies. Cette information n’a pas figuré dans les actualités, car ces incidents ont été endigués, gérés et maîtrisés. L’an dernier, nous sommes intervenus face à 50 urgences dans 82 pays et territoires au total.

Nous avons débloqué 29 millions de dollars des États-Unis du Fonds de réserve de l’OMS pour les situations d’urgence afin de soutenir l’intervention rapide face à des situations d’urgence dans 30 pays. Nos remerciements vont aux États Membres pour leurs contributions au Fonds de réserve.

En outre, par l’intermédiaire du Réseau mondial d’alerte et d’action en cas d’épidémie (GOARN), nous avons coordonné 59 déploiements visant à appuyer les efforts de riposte d’urgence dans 16 pays. Avec le soutien de l’OMS, la République démocratique du Congo a maîtrisé une flambée de maladie à virus Ebola en six semaines, et l’Éthiopie et la République-Unie de Tanzanie ont endigué des flambées de maladie à virus Marburg. En outre, en septembre, nous avons déclaré la fin de la mpox en tant qu’urgence de santé publique de portée internationale.

Grâce à son Mécanisme d’accès et d’allocation, l’OMS a obtenu trois millions de doses du vaccin contre la mpox, appuyant ainsi les efforts de vaccination pour deux millions de personnes. Nous avons poursuivi notre intervention face à la résurgence mondiale du choléra, en déployant plus de 50 millions de doses du vaccin anticholérique oral provenant du stock mondial. Nous avons également publié les premières lignes directrices de l’OMS sur le diagnostic et le traitement de la méningite, et avons soutenu les efforts de riposte aux flambées de méningite, en fournissant 4 millions de doses de vaccin.

Outre la riposte aux flambées, nous sommes également intervenus pour répondre aux besoins de santé de plus de 25 millions de personnes touchées par des situations d’urgence humanitaire dans 33 pays. Dans la bande de Gaza, nous avons organisé le transport et l’expédition de 938 camions de fournitures sanitaires d’urgence vitale, en coordination avec plus de 80 partenaires du Groupe sectoriel pour la santé et nous avons apporté un soutien à plus de 8000 évacuations médicales.

Au Soudan, depuis le début du conflit en 2023, nous avons livré près de 3000 tonnes de fournitures médicales, nous sommes intervenus face à des flambées de choléra, de dengue et de paludisme, et nous apportons un soutien direct à des dizaines d’hôpitaux, de centres de soins primaires, de cliniques mobiles et de centres de nutrition.

En Ukraine, nous avons déployé 17 équipes mobiles, qui ont assuré plus de 18 500 consultations de santé dans plus de 140 sites. Nous avons également appuyé l’évacuation médicale de plus de 6200 patientes et patients et avons dispensé une formation en santé mentale à plus de 150 000 personnels de santé.

Dans chacun de ces lieux, les attaques visant les services de santé se poursuivent et sont devenues une « nouvelle normalité », à la fois alarmante et illégale, en situation de conflit. En 2025, l’OMS a confirmé 1350 attaques de ce type dans 19 pays et territoires, causant 1981 décès et 1168 blessés parmi le personnel soignant et les patientes et patients.

Bien entendu, l’OMS n’agit pas seule. En tant que chef de file du Groupe sectoriel pour la santé du Comité permanent interorganisations, nous coordonnons plus de 1500 partenaires, qui ont fourni une aide humanitaire à 32 millions de personnes l’année dernière. Nous avons également coordonné le déploiement de plus de 100 équipes médicales d’urgence internationales, qui ont effectué 1,8 million de consultations médicales dans plus de 20 pays.

En plus de toutes ces activités visant à promouvoir, à garantir et à protéger la santé, le Secrétariat a apporté son soutien aux efforts déployés au titre des quatrième et cinquième priorités du quatorzième programme général de travail, 2025-2028 : démultiplier les progrès et être efficace au bénéfice de la santé, grâce à la science, aux technologies numériques, aux données et à notre initiative en cours de transformation de l’OMS.

L’an dernier, nous avons lancé un nouveau plan d’action mondial et un nouveau réseau mondial pour renforcer les essais cliniques, auquel participent 34 grands instituts de recherche. Les capacités de recherche deviennent ainsi plus équitables à travers le monde. Nous avons aussi mis en marche un projet sur trois ans visant à moderniser la manière dont l’OMS priorise nos lignes directrices les plus prioritaires, les élabore et les diffuse.

Par l’intermédiaire de l’Alliance pour la recherche sur les politiques et les systèmes de santé, nous aidons le Sri Lanka à créer un centre national de lutte contre les maladies et à définir sa politique nationale de santé pour la prochaine décennie. Cette année, nous célébrons également les 25 ans de l’initiative Research4Life et de son programme Hinari, qui rendent les publications scientifiques accessibles gratuitement ou à très faible coût dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, facilitant ainsi l’accès de manière à promouvoir des politiques fondées sur des données probantes.

Dans le même temps, nous continuons à prendre des mesures pour rendre l’OMS plus responsable, transparente, efficiente et efficace. En 2025, le Bureau des services de contrôle interne de l’Organisation a procédé à des vérifications dans 13 bureaux de pays et deux bureaux régionaux, ainsi qu’à deux audits transversaux ; aucune de ces vérifications n’a mené à des conclusions insatisfaisantes. Nous avons aussi renforcé notre fonction d’évaluation et amélioré les taux d’achèvement. Quant à notre fonction d’enquête, elle a traité 1174 dossiers et en a clôturé 636 en 2025. Le nombre de dossiers en fin d’année est tombé à 538, soit le niveau le plus bas des trois dernières années. Le nombre de dossiers pour lesquels les allégations ont été jugées fondées a augmenté, passant à 45.

Cette année, nous introduisons un nouveau système de gestion des cas intégrant l’intelligence artificielle, ainsi qu’un nouveau service de signalement des problèmes d’intégrité. Tous deux contribueront à mener des enquêtes rapides et de qualité et à offrir des voies de signalement plus sûres, renforçant ainsi notre système de justice interne.

Le Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique a accueilli la première Conférence stratégique africaine sur la prévention de l’inconduite sexuelle et les mesures destinées à y remédier dans le cadre des opérations menées conjointement par l’OMS et les États Membres, en partenariat avec 42 États Membres. De plus, pour la première fois, les États Membres sont convenus d’inclure un indicateur sur l’égalité des genres dans le cadre de résultats du quatorzième programme général de travail, 2025-2028.

J’espère que vous serez d’accord avec moi pour dire qu’en dépit des nombreux défis auxquels nous avons été confrontés, votre Organisation a continué à s’acquitter de sa mission. Aucune de ces réalisations n’aurait été possible sans le personnel de l’OMS – mes collègues. Tout au long de 2025, ils et elles ont continué à travailler à votre service avec dévouement et engagement, alors même que beaucoup d’entre eux et elles ne savaient pas s’ils ou elles allaient conserver leur emploi. Je me souviendrai de 2025 – comme nous le devrions tous et toutes – pour elles et pour eux et je tiens à exprimer ma profonde gratitude à tous les membres du personnel qui ont quitté l’Organisation ou partiront, pour leur service et leur dévouement.

Bien sûr, aucun processus n’est parfait, et nous sommes conscients des préoccupations légitimes soulevées par certains membres du personnel à ce sujet. Nous prenons ces préoccupations au sérieux : nous avons répondu à un grand nombre d’entre elles et nous continuons à le faire.

Les changements que nous avons apportés ont été conçus, communiqués et mis en œuvre suivant les principes de transparence, d’équité et d’humanité. Dans l’ensemble, le résultat a été positif. Il reste encore quelques questions à régler, mais nous avons en grande partie terminé l’exercice de définition des priorités et de réalignement. Nous sommes désormais dans une situation stable et nous allons de l’avant. Il est important de se rappeler que, bien que les coupes que nous avons subies l’an dernier aient supposé un choc, c’est un choc que nous voyions venir, et auquel nous nous préparions.

Lorsque nous avons entamé la transformation de l’OMS il y a plus de huit ans, nous avons identifié notre dépendance excessive à l’égard d’une poignée de donateurs comme un risque majeur, et nous avons pris plusieurs mesures pour y remédier. Parmi les plus importantes, nous avons proposé d’augmenter progressivement les contributions fixées pour les faire passer de 14 % à 50 % du budget de base– proposition que la Soixante-Quinzième Assemblée mondiale de la Santé a approuvée en 2022. Les États Membres ont approuvé la première augmentation en mai 2023, la deuxième en mai 2025 ; il est prévu que les trois prochaines augmentations soient approuvées en mai 2027, en mai 2029 et en mai 2031. Nous avons également pris une série d’autres mesures pour élargir notre base de donateurs, notamment en créant la Fondation pour l’OMS et en menant notre premier cycle d’investissement, avec votre soutien. Grâce à toutes ces mesures, nous avons désormais mobilisé 85 % des ressources nécessaires pour le budget de base de l’exercice biennal 2026-2027.

À certains égards, nous sommes dans une meilleure position que jamais à ce stade d’un exercice biennal. Cependant, comme la majorité des contributions volontaires demeurent à objet désigné, des poches de pauvreté subsistent, notamment en ce qui concerne nos activités en matière de préparation aux situations d’urgence, de résistance aux antimicrobiens, de financement de la santé, de résilience climatique et de déterminants de la santé. En outre, si 85 % peut paraître un bon résultat – et ça l’est – la situation est très compliquée et les 15 % restants seront difficiles à mobiliser. Cependant, si vous n’aviez pas approuvé l’augmentation des contributions fixées, nous serions dans une situation bien pire. C’est pourquoi les États Membres doivent continuer sur la même voie et approuver les augmentations restantes, afin de garantir la stabilité, la pérennité et l’indépendance à long terme de l’Organisation – pas simplement jusqu’en 2031, mais même au-delà.

Évidemment, par « indépendance », je n’entends pas l’indépendance de l’OMS vis-à-vis des États Membres. L’OMS vous appartient, et elle vous appartiendra toujours. J’entends non-dépendance vis-à-vis d’une poignée de donateurs et vis-à-vis de financements rigides et imprévisibles ; j’entends une OMS qui ne soit plus un sous-traitant au service des plus gros bailleurs, mais une organisation impartiale, fondée sur la science, libre de dire ce que révèlent les données probantes, sans crainte ni parti pris.

Bien que nous ayons été confrontés à une crise majeure au cours de l’année écoulée, nous avons aussi vu dans cette situation une opportunité : l’occasion pour une OMS allégée de se concentrer davantage sur sa mission et son mandat fondamentaux, notamment dans le contexte de l’initiative de réforme ONU80.

Nous devons pour cela nous centrer davantage sur notre mandat principal et notre avantage comparatif, faire ce que nous faisons le mieux – apporter un soutien aux pays par nos travaux normatifs et techniques – et laisser à d’autres ce qu’ils font le mieux. L’OMS ne peut pas tout faire, et nous ne devons pas nous y efforcer.

Le superpouvoir de l’Organisation, c’est son pouvoir fédérateur – sa capacité à rassembler gouvernements, experts et expertes, institutions, partenaires, société civile et secteur privé sous une même enseigne. Notre réussite – et la vôtre – réside dans la mobilisation de ce pouvoir, notamment par l’intermédiaire de notre réseau de plus de 800 centres collaborateurs – une ressource puissante pour renforcer nos travaux normatifs et faire en sorte que les données probantes guident les politiques. Après tout, les besoins des pays au service desquels nous œuvrons évoluent constamment, l’OMS doit donc elle aussi continuer à évoluer.

Cela signifie que la gouvernance de l’OMS doit également évoluer. Si nous voulons un Secrétariat réactif, efficient et efficace, nous avons besoin d’une gouvernance réactive, efficiente et efficace. J’espère que vous soutiendrez le Président dans la réforme de la gouvernance qu’il a proposée. Si nous voulons un Secrétariat capable de répondre aux priorités des États Membres, nous avons besoin que les États Membres définissent ces priorités et les dotent de ressources.

Ceci est votre OMS – elle est ce que vous voulez qu’elle soit, et ce que vous en faites. À mesure que l’OMS évolue, l’architecture de la santé mondiale, ou l’écosystème de la santé mondiale, comme je préfère l’appeler, doit faire de même. Il y a en ce moment de nombreuses discussions sur la réforme de cet écosystème afin de garantir que tous les partenaires tirent parti de leur avantage comparatif, évitent les chevauchements et les doubles emplois, et qu’ensemble, nous apportions de la valeur et des résultats aux pays au service desquels nous travaillons. Nous proposons de mener ces discussions dans le cadre d’un processus conjoint afin de faciliter la transition vers un écosystème de la santé mondiale allégé, plus collaboratif et plus efficace, au service des priorités nationales. Nous attendons avec intérêt vos conseils et vos orientations sur ce point et sur les autres points de l’ordre du jour que vous examinerez cette semaine. Nous pouvons considérer les difficultés de l’année écoulée comme des revers, ou nous pouvons choisir de les voir comme autant de catalyseurs pour l’avenir de l’OMS.

La voie à suivre est claire, car c’est celle que nous avons déjà tracée dans le cadre de l’initiative de transformation de l’OMS et du processus de réalignement. Il s’agit d’assurer notre stabilité financière et notre pérennité ; de renforcer notre leadership normatif et technique ; de réformer notre gouvernance ; de repenser l’écosystème de la santé mondiale ; de tirer parti de nos forces collectives ; de renforcer notre solidarité – tout cela au service des priorités définies par les pays, c’est-à-dire vos priorités. C’est pour cela que vous avez fondé l’OMS à l’origine : pour créer une enceinte où les nations du monde travaillent ensemble pour trouver des solutions partagées à des menaces communes. C’est pour cela que vous avez adopté l’Accord sur les pandémies l’an dernier ; et c’est pour cela que vous négociez actuellement l’annexe sur le système d’accès aux agents pathogènes et de partage des avantages découlant de leur utilisation. J’ai bon espoir que vous conclurez vos négociations à temps pour la Soixante-Dix-Neuvième Assemblée mondiale de la Santé.

Le récit de 2025 n’est pas un récit d’austérité, mais de détermination : c’est le récit des hommes et des femmes de cette Organisation au service des hommes et des femmes de ce monde. Ils sont la raison d’être de l’OMS, et la raison pour laquelle elle continuera d’exister.

L’OMS vous appartient. Votre unité fait sa force. Vos choix détermineront son avenir.

Je vous remercie.