Hépatite E

26 juin 2026
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L’essentiel

  • L’hépatite E est une inflammation du foie provoquée par le virus de l’hépatite E (VHE).
  • On estime que 20 millions de personnes sont infectées par le VHE dans le monde chaque année, dont 3,3 millions présentent des symptômes. Environ 4431 personnes sont décédées de l’hépatite E en 2023.
  • Le virus se transmet par voie oro-fécale, principalement par de l’eau contaminée.
  • L’hépatite E sévit dans le monde entier, mais c’est en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud-Est qu’elle est la plus courante. Près de 50 % des flambées surviennent dans des camps, par exemple des camps de réfugiés ou les camps de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays.
  • Un vaccin permettant de prévenir l’hépatite, homologué en Chine et dans d’autres pays, est utilisé comme mesure de riposte aux épidémies.

Vue d’ensemble

L’hépatite E est une inflammation du foie provoquée par le virus de l’hépatite E (VHE). Ce virus est excrété dans les selles des personnes infectées et pénètre dans l’organisme humain par voie orale. Il se transmet principalement par de l’eau de boisson contaminée. Habituellement, l’infection est spontanément résolutive en l’espace de deux à six semaines. Dans quelques cas, le virus provoque une hépatite fulminante (insuffisance hépatique aiguë), qui peut être mortelle.

Transmission

L’infection par le VHE se produit partout dans le monde. Elle est courante dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où l’accès aux services essentiels d’approvisionnement en eau, d’assainissement, d’hygiène et de santé est limité. L’infection peut se manifester sous forme de flambées ou de cas sporadiques. Il existe quatre grands génotypes de VHE pathogènes chez l’être humain (génotypes 1, 2, 3 et 4). Le mode de transmission et la répartition géographique varient selon le génotype. Ainsi, les génotypes 1 et 2 du VHE infectent principalement l’être humain, tandis que les génotypes 3 et 4 infectent surtout les mammifères non humains et provoquent occasionnellement des zoonoses. Les génotypes 3 et 4 se transmettent essentiellement par voie zoonotique, lors de la consommation de viande crue ou mal cuite, l’environnement étant une autre source d’infection probable.

Les génotypes 1 et 2 – les génotypes du VHE les plus répandus en Afrique et dans certaines régions d’Asie – sont essentiellement transmis par voie oro-fécale. En particulier, la contamination de l’eau potable entraîne souvent des épidémies à grande échelle, qui touchent plusieurs centaines à plusieurs milliers de personnes. Certaines de ces épidémies se déclarent dans des zones de conflit et d’urgence humanitaire, comme des zones de guerre ou des camps de populations réfugiées ou déplacées au sein de leur propre pays, où il est particulièrement difficile de se doter d’installations d’assainissement et d’approvisionnement en eau potable.

Symptômes

La période d’incubation suivant l’exposition au VHE va de deux à dix semaines, la moyenne étant de cinq à six semaines. Les personnes infectées excrètent le virus quelques jours avant l’apparition de la maladie et pendant trois à quatre semaines après.

Dans les zones de forte endémie, c’est chez les jeunes adultes de 15 à 40 ans que les infections symptomatiques sont les plus courantes. Si, dans ces zones, l’infection touche aussi les enfants, ceux-ci sont souvent asymptomatiques ou ne présentent qu’une forme bénigne de la maladie, sans ictère, qui n’est donc pas diagnostiquée.

Les signes et symptômes typiques de l’hépatite sont notamment les suivants :

  • fièvre modérée en phase initiale, baisse de l’appétit, nausées et vomissements pendant quelques jours ;
  • douleurs abdominales, démangeaisons, éruptions cutanées ou douleurs articulaires ;
  • ictère (jaunissement de la peau), urines sombres et selles pâles ; et
  • foie légèrement plus grand et sensible (hépatomégalie).

Ces symptômes sont parfois impossibles à distinguer de ceux d’autres formes d’hépatite ou d’autres maladies infectieuses dans les zones d’endémie, telles que la leptospirose, la dengue, la fièvre jaune ou encore le paludisme. Les symptômes durent normalement de une à six semaines.

Bien que l’hépatite E soit généralement considérée comme une maladie aiguë et spontanément résolutive, elle peut, dans de rares cas, être sévère et évoluer vers une hépatite fulminante (insuffisance hépatique aiguë), qui peut entraîner la mort. Les femmes enceintes atteintes d’une hépatite E, notamment au cours des deuxième et troisième trimestres, courent un risque accru d’insuffisance hépatique aiguë, de perte du fœtus et de décès. Le taux de mortalité atteint 20 % à 25 % chez les femmes enceintes qui contractent une hépatite E au cours du troisième trimestre.

De rares cas d’infection chronique par le VHE ont aussi été signalés chez des personnes immunodéprimées, en particulier des personnes ayant reçu une greffe d’organe et prenant des médicaments immunosuppresseurs.

Diagnostic

À l’examen clinique, il est impossible de distinguer l’hépatite E des autres types d’hépatite virale aiguë ou d’autres maladies infectieuses qui provoquent un ictère. Néanmoins, ce diagnostic peut apparaître comme étant très probable dans certains contextes épidémiologiques, par exemple, lorsque plusieurs cas se déclarent dans des localités situées dans des zones d’endémie connues ou dans des endroits où il existe des risques de contamination des eaux, lorsque la maladie prend des formes plus sévères chez les femmes enceintes, ou lorsque l’hépatite A a été exclue.

Le diagnostic définitif d’hépatite E repose habituellement sur la détection d’immunoglobulines M (IgM) spécifiques du VHE dans le sang. Des tests rapides sont disponibles pour un usage sur le terrain. D’autres analyses de laboratoire permettent de détecter des concentrations sériques élevées de bilirubine, d’alanine aminotransférase (ALAT) et d’aspartate aminotransférase (ASAT).

On peut aussi faire appel à des tests de type RT-PCR, reposant sur une réaction de polymérisation en chaîne, couplée à une transcription inverse, pour déceler l’ARN du VHE dans le sang et les selles. Ces tests nécessitent des équipements de laboratoire spécialisés. Ils sont particulièrement indiqués dans les zones où l’hépatite E n’est pas répandue et dans les rares cas d’infection chronique par le VHE.

Traitement

Il n’existe pas de traitement antiviral spécifique capable d’infléchir l’évolution d’une hépatite E aiguë. La maladie étant en général spontanément résolutive, l’hospitalisation n’est, en principe, pas nécessaire. Il est important d’éviter tout médicament inutile pouvant nuire à la fonction hépatique, par exemple le paracétamol (acétaminophène).

L’hospitalisation est obligatoire pour les personnes atteintes d’une hépatite fulminante et doit aussi être envisagée pour les femmes enceintes symptomatiques.

Prévention

La prévention est la démarche la plus efficace contre l’infection. Il est particulièrement important de veiller à ce que les femmes enceintes exposées aient accès à des informations adéquates et à des mesures de prévention. À l’échelle de la population, il est possible de réduire la transmission du VHE et le nombre de cas d’hépatite E :

  • en appliquant les normes de qualité régissant l’approvisionnement public en eau ; et
  • en mettant en place des réseaux appropriés d’élimination des matières fécales humaines.

Au niveau individuel, il est possible de réduire le risque d’infection :

  • en appliquant systématiquement de bonnes pratiques d’hygiène
  • et en évitant de consommer de l’eau ou de la glace dont la pureté est incertaine.

La prévention du VHE et la lutte anti-infectieuse reposent donc principalement sur des mesures liées à l’eau, l’assainissement et l’hygiène, qui sont souvent mal mises en œuvre dans les milieux qui en bénéficieraient le plus.

Par ailleurs, il existe actuellement un vaccin contre l’hépatite E – connu sous le nom de vaccin HEV 239 (Hecolin®) – qui permet de protéger les populations vulnérables et de juguler les épidémies.

Ce vaccin est homologué pour une utilisation chez les adultes en bonne santé âgés de 16 ans ou plus en Chine depuis 2011. Il est administré en injection intramusculaire selon un schéma à 3 doses (0, 1 et 6 mois). Le produit est fourni dans une seringue préremplie dont la durée de conservation approuvée est d’au moins 36 mois. Au cours d’un vaste essai clinique de phase III en Chine, le vaccin a affiché un taux d’efficacité élevé et un bon profil d’innocuité, notamment chez les adultes âgés de 16 ans ou plus.

En mars 2022, une étape importante de la vaccination contre l’hépatite E a été franchie sur le continent africain. Face à l’épidémie d’hépatite E à Bentiu, au Soudan du Sud, Médecins Sans Frontières a aidé le Ministère de la santé national à mettre en œuvre une campagne de vaccination contre l’hépatite E. Trois cycles de vaccination ont été organisés, chacun ayant permis d’immuniser plus de 24 000 personnes, y compris des femmes enceintes. C’est la première fois que le vaccin a été utilisé pour atténuer les conséquences d’une épidémie, conformément aux recommandations formulées par l’OMS dans sa note de synthèse de 2015 sur le vaccin contre l’hépatite E.

Une deuxième campagne a été lancée en 2023 pour endiguer une épidémie sévissant dans le comté de Fangak de l’État de Jonglei, toujours au Soudan du Sud.

Action de l’OMS

Le vaccin contre l’hépatite E est le cinquième vaccin à avoir été approuvé dans le cadre du mécanisme du Groupe international de coordination pour l’approvisionnement en vaccins (GIC). L’OMS coopère actuellement avec des spécialistes et des partenaires de nombreux pays pour assurer la mise à disposition de vaccins en tant que mesure de riposte aux flambées épidémiques.

En 2014, l’OMS a publié un rapport technique intitulé Waterborne outbreaks of hepatitis E: recognition, investigation and control. Ce manuel donne des informations sur l’épidémiologie, les manifestations cliniques et le diagnostic de l’hépatite E. Il fournit également aux autorités chargées de la santé publique des orientations sur la manière de riposter aux flambées épidémiques d’infection par le VHE.

L’OMS joue un rôle clé dans la riposte mondiale aux épidémies et dans la détection et la vérification rapides des urgences sanitaires. Le système mondial de surveillance de l’OMS permet de détecter les menaces qui pèsent sur la santé publique 24 heures sur 24, 365 jours par an. Des épidémies d’hépatite E sont régulièrement signalées à l’OMS, qui assure une riposte coordonnée à l’ensemble de ses trois niveaux pour venir en aide aux États Membres, si nécessaire. Ainsi, en 2024, elle a joué un rôle central dans la coordination et la riposte face aux flambées d’hépatite E qui ont touché la République centrafricaine, le Soudan du Sud et le Tchad, entre autres.

Les stratégies mondiales du secteur de la santé contre, respectivement, le VIH, l’hépatite virale et les infections sexuellement transmissibles pour la période 2022-2030 guident le secteur de la santé dans la mise en œuvre d’actions stratégiques ciblées pour atteindre les objectifs d’élimination du sida, des hépatites virales (en particulier les hépatites B et C chroniques) et des infections sexuellement transmissibles d’ici à 2030.

L’OMS organise chaque année, le 28 juillet, des campagnes à l’occasion de la Journée mondiale contre l’hépatite, afin de sensibiliser le public et de mieux faire connaître l’hépatite virale.

 

Référence bibliographique

Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME), Acute hepatitis E—Level 4 cause, https://www.healthdata.org/research-analysis/diseases-injuries-risks/factsheets/2021-acute-hepatitis-e-level-4-disease