La santé publique en action : de la détection à l’intervention – comment le Règlement sanitaire international (2005) a guidé la réaction à la flambée d’hantavirus

22 mai 2026
Temps de lecture
La santé publique en action : de la détection à l’intervention – comment le Règlement sanitaire international (2005) a guidé la réaction à la flambée d’hantavirus

Dans un monde où l’on peut franchir les frontières en quelques minutes, un événement provoqué par une maladie infectieuse – comme l’apparition d’un groupe de cas d’infection à hantavirus à bord du navire de croisière MV Hondius – peut rapidement devenir un défi à l’échelle internationale. 

Le Règlement sanitaire international (RSI) (2005) est le cadre mondial juridiquement contraignant qui oblige les pays à prévenir les menaces transfrontalières pour la santé publique, à s’y préparer, à les détecter, à les notifier et à y réagir.

Lorsque, le 2 mai 2026, le Royaume-Uni a signalé à l’OMS un foyer de cas de maladies respiratoires graves à bord d’un navire de croisière battant pavillon néerlandais dans l’Atlantique, des passagers originaires de 23 pays se trouvaient à bord. En l’espace de quelques jours, des cas d’infection à hantavirus (souche Andes) ont été confirmés aux Pays-Bas, en Afrique du Sud et en Suisse. Le navire était toujours en mer.

Ce qui a suivi fut l’une des interventions multinationales les plus complexes de ces dernières années face à une épidémie – et un véritable test pour le RSI.

 

OMS / Hedinn Halldorsson
© Photo

Les membres du personnel de l’OMS mobilisés pour l’intervention aperçoivent le MV Hondius à l’horizon. L’OMS, ses partenaires et les autorités ont soutenu et coordonné les opérations menées dans le port de Granadilla, à Tenerife (Espagne), le 10 mai 2026.

Préparation

En vertu du RSI, les pays sont légalement tenus de désigner des points d’entrée, dont des aéroports et des ports internationaux, et de mettre en place, renforcer et maintenir certaines capacités de santé publique essentielles afin de prévenir les menaces sanitaires, de les détecter et d’y faire face. Ce choix repose sur des évaluations des risques, le volume de trafic et la nécessité de gérer les risques sanitaires liés aux voyages et aux échanges internationaux. Une préparation est indispensable.

La complexité du foyer d’infection par le hantavirus détecté sur un bateau de croisière montre pourquoi le RSI constitue le pilier de la coordination et de la riposte internationales en cas d’épidémie, ce qui souligne l’importance de la coopération et de la solidarité mondiales pour lutter contre les menaces sanitaires qui font fi des frontières.

 

OMS / Sarah Tyler
© Photo

Une équipe d’experts internationaux en santé publique de l’OMS analyse les informations relatives à la série de cas d’infection par le hantavirus.

Surveillance, détection et notification 24h/24 et 7j/7

Dès que l’OMS est informée d’une menace pour la santé publique, les points focaux nationaux pour le RSI et l’OMS procèdent à un échange d’informations transfrontalier rapide et structuré. Cela permet aux pays d’échanger rapidement des informations et de collaborer avec l’OMS afin de garantir le respect des procédures établies. 
Rien qu’en 2025, l’équipe régionale de l’OMS a examiné 224 000 informations provenant à la fois de sources officielles, notamment le RSI, et d’articles de presse, ce qui a permis de détecter 116 événements majeurs de santé publique, dont 70 requéraient le déclenchement immédiat d’opérations par l’OMS et un suivi de sa part.

La rapidité est un élément qui compte : sur un navire où les passagers vivent dans un espace restreint avant de se disperser dans différents pays, chaque heure de retard complique davantage la recherche des contacts.
Le 2 mai 2026, le point de contact national pour le RSI du Royaume-Uni a signalé à l’OMS un groupe de cas de maladies respiratoires aiguës graves à bord du MV Hondius, sans qu’un diagnostic n’ait été posé. 

« Le RSI établit des règles et des procédures précises pour la notification et la gestion des risques sanitaires, afin que chacun sache quoi faire en cas de crise. Il encourage et aide les pays à renforcer leurs propres systèmes de santé, pour qu’ils soient mieux à même de détecter les flambées épidémiques et d’y faire face », déclare Demi Reurings, point de contact national pour le RSI aux Pays-Bas.

 

OMS / Hedinn Halldorsson
© Photo

Les autorités espagnoles assistent au débarquement des passagers du MV Hondius.

Évaluation des risques, conseils et recommandations

Alors que le navire était encore à l’ancrage au large du Cap-Vert, un responsable des situations d’urgence sanitaire de l’OMS, en poste au Bureau régional de l’OMS pour l’Afrique, est monté à bord, rejoint par 2 médecins néerlandais et 1 expert du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). Ils ont mené une enquête épidémiologique rapide, examiné toutes les personnes à bord et confiné les passagers dans leurs cabines, tandis que les personnes présentant des symptômes ont été immédiatement isolées. 

Dans le même temps, l’OMS a lancé des enquêtes sur la flambée épidémique et élaboré des instructions concernant le débarquement, puis la prise en charge des passagers, ainsi que la gestion des contacts avant leur arrivée à Tenerife (Espagne).

Ces informations ont été transmises sur-le-champ aux points focaux nationaux pour le RSI. « Lors de crises sanitaires aiguës, les États membres ont besoin de recommandations concrètes et fondées sur des données probantes, émises en temps utile. Nous travaillons en étroite collaboration avec l’ECDC et les autorités nationales afin de traduire les données scientifiques les plus récentes et les expériences passées en conseils pertinents, puis de diffuser rapidement ces informations par les canaux établis pour le RSI », déclare Kareena Hundal, point de contact de l’OMS pour le RSI dans la Région européenne.

 

OMS / Hedinn Halldorsson
© Photo

Les passagers sont évacués du MV Hondius dans le cadre de l’intervention d’urgence.

Évacuations médicales

Lorsque des patients ont besoin de soins qui ne sont pas disponibles localement, les pays peuvent coordonner leur évacuation médicale d’urgence et leur prise en charge clinique en toute sécurité. 

L’OMS a collaboré avec la compagnie maritime et les autorités nationales pour faciliter l’organisation de 2 vols d’évacuation sanitaire vers les Pays-Bas, permettant ainsi de transférer 2 cas confirmés directement vers des hôpitaux spécialisés aux Pays-Bas ; 1 contact à haut risque a, quant à lui, été transporté de là-bas vers l’Allemagne. Voici un exemple concret de ce que permet le RSI : le transfert transfrontalier de patients dans l’urgence, tout en limitant la propagation du risque.

Parallèlement, l’OMS a coordonné des vols de rapatriement avec l’Union européenne et s’est assurée qu’un prestataire de services de transfert de patients en état critique se tienne prêt à intervenir au cas où un passager ou un membre d’équipage présenterait des symptômes et nécessiterait une évacuation médicale d’urgence.

 

OMS / Hedinn Halldorsson
© Photo

Les passagers et l’équipage sont évacués du MV Hondius dans le cadre de l’intervention d’urgence. Port de Granadilla, Tenerife (Espagne), le 11 mai 2026.

Recherche des contacts

Lors de flambées épidémiques survenant durant un voyage, l’OMS et les pays soutiennent la recherche internationale des contacts grâce à la coordination organisée dans le cadre du RSI, en assurant le lien entre la détection clinique et le suivi de santé publique par-delà les frontières. Dans le cadre de la réaction à la flambée d’hantavirus, le point de contact national pour le RSI des Pays-Bas et l’exploitant du navire ont informé 12 pays dont les ressortissants avaient débarqué auparavant à Sainte-Hélène, ainsi que la population, par l’intermédiaire du site d’information sur les événements de l’OMS. Cette notification a directement permis de détecter 1 cas à Zurich, le 6 mai.

La recherche des contacts permet d’identifier les personnes exposées, la prise en charge rapide et contribue à limiter la propagation. 

« Les passagers du paquebot venaient des quatre coins du monde et sont rentrés dans des pays aux quatre coins du monde. Suivre leurs mouvements a donc constitué un véritable exploit de coopération multinationale. La capacité de tous les gouvernements à se mobiliser et à organiser le suivi de ces contacts pour s’assurer que personne d’autre ne tombe malade a été tout simplement remarquable », déclare Boris Pavlin, épidémiologiste à l’OMS.

 

OMS / Sarah Tyler
© Photo

L’OMS, ses partenaires et les autorités espagnoles soutiennent la coordination et l’intervention dans le port de Granadilla, à Tenerife (Espagne), le 10 mai 2026.

Coordination 

Des analyses de laboratoire réalisées en Afrique du Sud ont confirmé une infection à hantavirus chez 1 patient dans un état critique, qui se trouvait à bord du bateau quelques jours auparavant. 

L’OMS a coordonné une intervention rapide à l’échelle internationale, impliquant des laboratoires de plusieurs pays, afin de séquencer et d’analyser les génomes du virus Andes issus du foyer épidémique apparu sur le bateau de croisière. En normalisant les méthodes de séquençage, en comparant les résultats et en distinguant les mutations réelles du bruit technique, les scientifiques ont pu déterminer comment ce foyer s’était formé et propagé à bord du navire. 

« Cette analyse, publiée le 10 mai, transforme les données de laboratoire provenant de plusieurs pays en informations exploitables pour la santé publique, afin d’orienter les protocoles de quarantaine, les évacuations médicales et la recherche des contacts à l’échelle internationale. Cette réaction coordonnée illustre parfaitement l’article 44 du RSI (2005), qui encourage les États parties à collaborer pour détecter les événements de santé publique, les évaluer et y faire face, tandis que l’OMS facilite la coopération technique et l’apport d’un soutien logistique par l’intermédiaire de réseaux régionaux et d’organismes internationaux », explique Karen Nahapetyan, spécialiste des laboratoires à l’OMS/Europe. 

 

OMS / Hedinn Halldorsson
© Photo

Dr Ana Paula Coutinho Rehse, responsable de la prévention et de la maîtrise des infections à l’OMS, port de Granadilla, Tenerife (Espagne), 10 mai 2026.

Débarquement à Tenerife

Lorsqu’un port n’est pas équipé pour mettre en œuvre les mesures sanitaires requises, un navire peut être invité à mettre le cap vers le port approprié le plus proche, si nécessaire. Cela permet de garantir que le navire peut être pris en charge là où des capacités appropriées sont disponibles, tout en protégeant les communautés portuaires.

Avant l’arrivée du navire à Tenerife, le 10 mai, l’OMS a transmis aux autorités espagnoles un modus operandi détaillé, couvrant la prévention des infections, des conseils pour le dépistage et une communication sur les risques, pour assurer le débarquement de l’ensemble des passagers et membres d’équipage et leur prise en charge ultérieure, en toute sécurité.

« Ces instructions comprenaient des recommandations relatives aux mesures de santé publique (notamment celles à appliquer à bord, ainsi que lors du débarquement ou de l’évacuation médicale) ainsi que des conseils pour la communication sur les risques et le dépistage, à l’intention des passagers et membres d’équipage », explique Ana Paula Coutinho Rehse. 

Vingt-trois pays ont participé à l’opération. Tous les passagers sont désormais rentrés chez eux et font l’objet d’une surveillance de 42 jours, conformément aux recommandations de l’OMS.

L’OMS a également aidé les autorités et l’exploitant du navire à coordonner les mesures de santé publique destinées aux membres d’équipage restés à bord après le débarquement des passagers, notamment les dispositions relatives à l’isolement, la surveillance sanitaire, la collaboration avec le personnel de santé à bord et la poursuite en toute sécurité des opérations essentielles du navire.

OMS / Hedinn Halldorsson
© Photo

Le directeur général de l’OMS, le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, et Mónica García Gómez, ministre espagnole de la Santé, participent à une conférence de presse afin de faire le point sur les opérations en cours liées à l’hantavirus.

« La solidarité est notre meilleure protection immunitaire »

Par des informations régulièrement actualisées à l’intention de la population, une communication ciblée sur les risques et une veille des médias sociaux en temps réel, on a tenté de répondre à la préoccupation de la population, de contrer les fausses informations et de veiller à ce que la population et les communautés locales disposent en temps utile des conseils précis nécessaires pour prendre des décisions éclairées quant à la manière de préserver leur santé.

« Vingt-trois pays ont participé à l’évacuation des personnes présentes dans le bateau. Nous travaillons en coordination avec d’autres autorités sanitaires internationales afin de mener cette opération dans les meilleures conditions de sécurité et en offrant les meilleures garanties possibles pour la population et pour la santé publique », a déclaré la ministre Mónica García Gómez lors du débarquement des passagers à Tenerife. 

« Cette épidémie nous rappelle que la sécurité sanitaire ne se construit pas pendant une crise, mais avant », rappelle le docteur Hans Henri P. Kluge, directeur régional de l’OMS pour l’Europe. « Le RSI nous a fourni la structure. La réaction est venue de l’action collective. »

« Bien qu’il s’agisse d’un événement grave, l’OMS estime que le risque pour la santé publique est faible. Cela montre également pourquoi le Règlement sanitaire international existe et comment il fonctionne », déclare le docteur Tedros. « Je pense que nous devons croire fermement à la solidarité, car c’est notre meilleure protection immunitaire. Ce n’est qu’en nous entraidant que nous pourrons lutter efficacement contre les virus ou les flambées de ce genre. »
Le foyer d’infection par le hantavirus sur le MV Hondius est la première flambée épidémique de ce virus recensée à bord d’un navire. Il est peu probable que ce soit la dernière fois qu’un agent pathogène mette à l’épreuve le système sanitaire international en mer. 

La réaction a montré que lorsque les pays signalent rapidement les cas, partagent leurs données en toute transparence et agissent dans un esprit de solidarité, le système tient bon et des vies sont sauvées.

 

/